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LES BONNES GENS DE PROVINCE

Par Léonce PETIT – Troisième album – 1875-1880
Bureaux du Journal Amusant et du Petit journal pour rire
Paris, 22, rue de Chateaudun

PAGE DE TITRE
Les bonnes gens de province
par Léonce PETIT
Troisième album

LES CHERCHEURS DE PAIN

C’est le premier de l’an, et tous les chercheurs de pain du pays vont en bande souhaiter la bonne année à la porte des gens aisés. Ici ils reçoivent un sou, là quelques croutons et quelques restes, cadeaux qu’ils estiment peu. Le maire donne deux sous à chacun. Mais c’est à la grille du château qu’il faut les voir s’empresser. Là se tient depuis le matin un domestique de confiance avec un sac de gros sous. Il remet à chaque penailleux cinquante centimes. Les pauvres s’avancent tête nue et échine courbée en poussant des lamentations ou psalmodiant des prières. ils reçoivent leur aumône, remettent leur chapeau, regardent d’un air soupçonneux si l’argent est de bon aloi, et s’en vont le boire au prochain cabaret.

LES MENDIANTS BRETON EN GOGUETTES

Rentrés à la tanière après une bonne tournée, les mendiants s’en donnent. Grâce aux gros sous qu’ils ont récoltés, ils ont du cidre et même de l’eau-de-feu. Vive la joie !
Ne leur reprochons pas leur bamboche; ils n’ont pas si souvent l’occasion de se réjouir.

LA BOURRÉE

Per bien canta, bibo la limousine,
Per bien dansa, bibo les Auvergnats !

Les brocs remplis de gros vins circulent; les robustes montagnards et les fortes filles d’Auvergne dansent en battant du pied et des mains. hibou ! Les danseurs ne sont pas chaussés d’escarpins de bal. Ils frappent le sol avec leurs gros sabots ou des souliers ferrés qui pèsent bien six livres. Vive la joie sans façon et la gaieté rustique ! Vivent les Auvergnats !

LA POLITIQUE AU CABARET

Les importants du village sont en train de causer au cabaret. Ils ne parlent ni du prix des vaches, ni de la récolte, ni de la rentrée des foins. Ils parlent politique – politique locale s’entend. Le gars Tuffery fulmine contre le maire, et prétend qu’il ne faut pas le renommer. C’est un ci… c’est un ça… Il ne voudrait pas qu’on lui accordât un sou pour les chemins qui sont utiles aux autres; mais il ferait bien payer ceux qui desservent ses propriétés, dût la commune en être ruinée. – Le vieux Marigou interrompt la philippique en faisant observer que le maire est le plus riche de la commune, et que de tout temps c’est toujours le plus riche qui a été maire. Mais Tuffery l’envoie promener. Il voudrait voir un simple journalier porter l’écharpe plutôt qu’un richard qui pense toujours à ses intérêts et jamais à) ceux de ses administrés. – Tuffery est un homme à des idées avancées.

AGITATION ÉLECTORALE

Il y a grande agitation dans le bourg, aujourd’hui dimanche. On discute, on pérore sur place, dans la rue, dans les cabarets. On ne voit partout que gens qui font de grands gestes. C’est que c’est un jour d’élection : on réélit le conseil municipal. Vous pensez !

LE CHIFFONNIER DE CAMPAGNE

Il va de canton en canton et reste plusieurs mois en toute. Il ne peut donc se contenter d’une simple hotte pour serrer son butin. il lui faut un cheval. Quelquefois il en aura même deux, ou deux mules, maigres il est vrai, et mal en point. C’est d’ailleurs un commerçant; il achète les chiffons au lieu de les ramasser comme le fait son confrère de Paris. par exemple, ce n’est pont avec des millionnaires qu’il fait des affaires. Non, c’est dans les plus humbles villages et aux seuils les plus misérables qu’il s’arrête. Parfois même là, on le repousse avec fierté.
– Bonhomme, allez plus loin, les haillons ne sont point ici.
– Je repasserai quand ils y seront.

LES LAVANDIÈRES

Il fait beau; un petit vent frais agite le feuillage des saules; la rivière coule doucement, et les lavandières font grand bruit de la langue et du battoir. Hardi, mes colères ! tapez ferme sur le linge et doucement, s’il est possible, sur la réputation du prochain.

LA FILLE ACCUSÉE

La mère Grippard, la vieille épicière du bourg, est allée dénoncer à la justice sa servante, qu’elle accuse de lui avoir pris de l’argent dans son comptoir. Les gendarmes sont venus chercher la malheureuse fille et l’emmènent en prison. Toute la population de la localité s’est mise aux portes et aux fenêtres pour la voir passer. la vieille Grippard lui fait la conduite jusqu’aux confins de la bourgade en l’écrasant d’injures. Est-il bien sûr que la fille soit coupable ? Beaucoup de gens en doutent. L’épicière, vieille avare qui tondrait un œuf, est bien capable de lancer une dénonciation sans être bien sûre de ce qu’elle avance. Va, pauvre fille, quand bien même les gens de justice reconnaîtraient ton innocence, tu n’oublieras jamais la promenade que tu fais aujourd’hui entre deux gendarmes

LA MI-CARÊME AU HAMEAU

A la mi-carême, il y a partout un regain de carnaval. Cinq ou six farceurs affublés de manière grotesque gambadent dans la rue du village. L’un s’est accoutré d’habits de femme. un autre, orné d’une chemise passée par-dessus le pantalon et d’un bonnet de coton, porte un pot de chambre en sautoir. Un autre, travesti en espèce d’astrologue, porte sur la figure un masque qui a la forme d’un groin de cochon.
M. le maire sourit de ces drôleries et prétend qu’il faut bien, dans l’existence, donner quelques instants à la fantaisie. mais M. le curé ne voit pas d’un bon œil ces momeries renouvelées des saturnales antiques. Quant au bon populaire, il admire avec candeur.

UN BAPTÊME

La sage-femme campagnarde en tête chargée du poupon bien empaqueté, le père ensuite, puis le parrain et la marraine, et enfin le bonhomme grand-père; – voilà dans quel ordre professionnel on a quitté la ferme. Le long du chemin, à la traversée des hameaux, le cortège a entraîné à sa suite une escorte de gamines et de gamins dépenaillés et pieds nus. Ils suivront les gens du baptême jusqu’au bout et se mêleront à la marmaille de la bourgade pour les attendre à la sortie de l’église. Il faudra alors entendre tout ce petit monde invectiver le parrain s’il ne se signaler pas par quelque générosité. Mais qu’ils ne craignent rien – le brave gars a de l’honneur et ne voudrait pas se faire crier à la crasse. il a mis en réserve quelques poignées de gros sous, pour jeter à la populace de bambins.

VILLAGE DE SABOTIERS

C’est un hameau de cabanes en branches d’arbres construit en pleine forêt, au milieu d’une clairière. Il y a là une population d’une centaine d’âmes au moins. Tous ces gens-là font des sabots pour le compte d’un patron aussi agreste que ses ouvriers et habitant une hutte pareille aux autres.
On chercherait vainement une école ou une église dans ces espèces de bourgades des bois. – Mais on y trouve souvent un débit d’eau-de-vie tenu parfois par le patron susmentionné, qui, de cette façon, rempoche le dimanche, en grande partie, ce qu’il a déboursé le samedi.

LE CHAMEAU

Les habitants de la bourgade ci-dessus représentée n’en sont plus à prendre la fuite, mais ils sont fortement émotionnés par la vue de la bête à deux bosses. une nuée de galopins forme le cercle autour du monstre, mais à distance respectueuse. les chiens n’aboient que d’épouvante, et plus d’une mère prudente vient saisir son môme au milieu de la cohue enfantine et l’entraîner au loin. Cependant le saltimbanque détaille d’une voix rauque l’histoire naturelle du chameau, tandis que madame exécute un lugubre solo de grosse caisse et de cimbales.

L’OURS MARTIN

– Faites le beau, Martin. Faites comme votre père et votre mère sur les montagnes des Pyrénées. Tourna-vira.
Martin, ours de grande taille, fait montre de ses talents. L’épouse du montreur accompagne les exercices de l’animal à l’aide des accords d’un orgue de Barbarie.
Cette musique évoque d’antique souvenirs dans l’esprit de quelques vieux rentiers de la localité. Elle les fait penser au procès Fualdès.

un braconnier

Braconnier novice et peu malin, Moussu s’est fait pincer par Grinchard, le nouveau garde champêtre, au moment où il venait de tuer un lièvre. Il a essayé de corrompre l’agent de l’autorité en lui offrant une pièce de deux francs. Ça aurait pris avec l’ancien garde, bonhomme accommodant. mais Grinchard, vieux soldat, autoritaire par tempérament, préfère à toute pièce blanche le plaisir de rentrer triomphalement au village en conduisant son contrevenant devant M. le maire.

NOCES DE MENDIANTS

Ceux-là n’ont pas peur de se mettre dans la misère en se mariant. Ils s’en vont à l’église en cérémonie et au son de la musique, tout comme les autres. le musicien est un aveugle racleur de violon et marchand de complaintes.
Les bourgeois du bourg considèrent le cortège avec des sentiments divers. l’un trouve que ces gens-là ont trot de travailler à augmenter le nombre de prolétaires. L’autre prétend qu’il aime mieux les voir s’unir régulièrement que vivre dans un regrettable libertinage.

LA COUR DE FERME

Les poules picorent et gloussent, les canards barbotent, les oies se promènent gravement, battent de l’aile et posent par moments leur cri aigu et nasillard. La fermière donne la brasée à ses jeunes gorets; Jeannette va chercher une seiée d’eau; le charretier fait tourner le moulin à pommes; le fermier fait gouter à un voisin le cidre nouveau. A tout cela ajoutez le fin ciel gris de Bretagne et les coteaux lointains doucement jaunis par l’automne, et vous aurez une idée de l’aspect d’une ferme du pays Gallo à l’époque des derniers beaux jours.

LE RETOUR DU MARCHÉ

En hiver,, quand il neige, lorsque la route est couverte de verglas, lorsqu’il faut patauger dans une boue épaisse, revenir du marché manque de charme. Mais dans la belle saison, c’est autre chose. La chaleur est tombée, la soirée est belle, les paysans cheminent tranquillement. Des êtres rêveurs pourraient être impressionnés par la beauté du paysage, mais les paysans le sont davantage par les agréments des cabarets échelonnés le long du chemin, auxquels ils ne manquent jamais de faire station.

LE PORTRAIT DE PISTAU

Je vous réponds que Pistau est joliment sérieux en ce moment, et qu’il ne broncherait pas pour un coup de canon. Pensez donc, on est en train de lui faire sa pourtraicture. Il était là, avec les autres galopins du village, à regarder travailler un peintre, lorsque celui-ci a dit à la marmaille :
– Voyons, qui veut que je lui tire un portrait dans mon tableau ? Tiens, toi, va te planter là-bas et ne bouge pas.
Le bruit s’est répandu que le dessineux fait la ressemblance du gas Pistau. Aussi n’est-ce pas seulement les marmots qui s’intéressent au travail du monsieur. Trois notables habitants du bourg sont venus se planter derrière l’artiste et regardent son pinceau courir sur la toile. Ils sont stupéfaits. Dans un coin du paysage posé sur le chevalet, on voit Pistau déjà très-ressemblant avec son vieux gilet à manches, son pantalon rapiécé et sa vieille casquette sans visière, tel qu’on le voit tous les jours laminant à travers le hameau.

LA FÊTE DE L’INSTITUTEUR

C’est aujourd’hui la fête de l’instituteur. Les écoliers sont entrés en classe d’un air cérémonieux. le plus capable de la bande (ce n’est pas le plus grand) déroulé un grand papier, et s’avançant d’un air grave vers la chaire du bon magister, il lui lit un beau compliment qu’il a rédigé. Tous les camarades, garçons et filles, rangés derrière l’orateur, s’apprêtent à offrir les beaux cadeaux que leurs parents leur ont donnés pour présenter à leur cher maître. L’un tient un jambon,, l’autre deux bouteilles de cidre bouché. les offrandes sont choisies et variées : – oie grasse, canard, chapelet de saucissons, paquet de chandelles, pot de raisinés douzaine d’œufs, etc., etc. Le bon maître sourit à ses élèves, et sa digne épouse, qui reluqye les victuailles, semble très-satisfaite.

LA POULE AU POT

Jérôme et son monde vont bien se régaler. C’est jour de fête aujourd’hui, et l’on a mis la poule au pot. Henri IV, soit content ! La bonne soupe de bouillon de poule vient d’être mangée, et la ménagère pose ne ce moment sur la table la volaille bien cuite flanquée d’un gros morceau de lard.
Moment solennel ! La petite Jeannette se fourre la cuiller dans la bouche, et le petit Pierre mord le bord de son assiette. En ce moment, attirés par le fumet, une maigre mendiante du village et son gamin affamé montrent leur nez à la porte. Ah ! pauvres gens, allez ailleurs ! De ce qu’on mange ici on n’en a pas trop; on n’en a pas pour vous. C’est trop bon.

BUVEURS DE CIDRE

Le bon cidre de Mortagne
Est en tous lieux cité.

Il pochade la campagne,
Il éméché la cité.

A le boire, chacun gagne
En sociabilité.

LES OIES

Marchant lentement en se dandinant d’un air grave, les oies ont quitté la ferme pour aller picorer l’herbe et prendre leurs ébats dans un clos voisin. Il leur faut cela même l’hiver lorsque le froid n’est pas trop rigoureux. Ces bêtes aiment à s’accouder sur le ventre au milieu d’un champ, à s’éplucher, à fouiller du bec leur blanc duvet, à battre des ailes en poussant leur cri strident. Ce n’est pas d’ailleurs un troupeau bien difficile à garder. Elles restent volontiers en tas à la même place, s’écartant peu les unes des autres. Leurs atours sont simplement les petits de la ferme. L’aînée, fillette de dix à onze ans, flanquée du petit frère et de la petite sœur, surveille tout en tricotant. Cela suffit.

LA MORT DE DOM POURCEAU

Il n’est, dit-on, utile qu’après sa mort. L’instant où il va devenir utile est proche. On ne l’a pas nourri pour rien. Désagréable fin de vie toute remplie par la flânerie et la gourmandise. Garroté comme il l’est et tenu par trois vigoureux gaillards, il faudra qu’il subisse son sort. Il n’a pas d’ailleurs de compassion à attendre. Ses bourreaux sont pleins d’enthousiasme et sourient d’avance à la pensée des saucisses et boudins, sans parler des grands quartiers de lard que l’on mettre au saloir, et des jambons qui fumeront dans la cheminée.

SPECTACLE PLEIN D’INTÉRÊT

Le cochon vient d’être saigné, éventré, échaudé, raclé, etc. Il est pendu par les pieds de derrière contre la porte de la maison. Les voisins admirent : “Est-il gras ! En a-t-il donné du sang !” On donne des conseils à la ménagère pour la confection du boudin. L’aîné des enfants s’est emparé de la vessie et souffle dedans à pleins poumons; les plus petits dansent de joie. Pour eux, le jour où l’on tue le cochon est le jour le plus solennel de l’année.

LA BOUDINAILLE

Le plus grand jour de l’année, pour les pauvres gens, c’est sans contredit celui où ils tuent leur cochon. Ce jour-là, l’abondance et la joie règnent dans la maison. Groupée autour de la ménagère qui confectionne la boudinaille, la famille entière suit avec le plus vif intérêt tous les détails de l’opération.
– les voisins eux-mêmes viennent jeter à la fenêtre un coup d’œil furtif. Ils auront aussi leur part de ces victuailles, – c’est la coutume.

LA GELÉE

Il fait un froid sec. Plus une feuille aux arbres. La neige couvre le sol, et les toits du village sont tout blanc. La rivière est gelée. Quel bon temps pour les gamins ! On n’a pas de patins comme les gens qui vont s’ébattre sur le lac du bois de Boulogne; mais comme on s’amuse à glisser sur la glace ! Quant à se rendre à l’école, on n’y pense guère. Il faut que le pauvre frère Hilarion vienne en personne arracher ses écoliers aux plaisirs de la glissade. Ce n’est pas sans peine d’ailleurs qu’il y parvient.

LA MESSE DE MINUIT

On va célébrer la messe de minuit – non dans une cathédrale ni dans une église de grosse paroisse – mais bien dans une humble chapelle isolée. Des deux ou trois hameaux voisins, de bons chrétiens, tous pauvres gens de campagne, sont accourus vers la lande où s’élève le sanctuaire rustique entouré de quelques chaumines. Le temple ressemble bien à l’étable où naquit le Sauveur, et les fidèles ressemblent assez aux bergers qui vibrent l’adorer.

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Ce que procurait la physionotracie

Extrait du catalogue de René HENNEQUIN – Avocat, secrétaire de la société académique de l’Aube – “Avant les photographies, les portraits au physionotrace” paru à Troyes chez J.-L. PATON en 1932.

D’une courte séance de pose, chez le dessinateur, devant l’objectif du Physionotrace (usons de ce mot, bien que le mot “vivier”, autrement dit le viseur adapté à l’instrument ne renfermât aucun verre optique), trois choses revenaient ordinairement à l’amateur.
La première était son effigie en buste, à peu près grande comme nature, terminée à la main d’après le croquis fourni par le jeu de la machine : dessin plus ou moins poussé et soigné, auquel le modèle pouvait s’en tenir. A parler juste, cette image était ce qu’il convenait d’appeler son “portrait au physionotrace”.
Mais la personne e pouvait avoir aussi le désir de posséder plusieurs reproductions de ce portrait, et l’on est en droit de penser que si ce désir n’était pas manifesté spontanément à l’artiste, celui-ci s’employait à le faire naître.
Peu de jours après, le client recevait dans ce cas, en second lieu, une plaque de cuivre de quelques centimètres carrés sur laquelle une réduction de son portrait au crayon avait été gravée et, troisièmement, douze épreuves de cette image réduite, tirées de la planche dont il vient d’être parlé. Ces “portraits-cartes” gravés qui furent appelés par extension des “portraits au physionotrace” et que l’on dénomme ainsi de nos jours, ne sont, à dire vrai, que des exemplaires de la traduction en gravure d’un plus grand portrait au crayon esquissé au physionotrace. Cette dernière image peut ne plus se retrouver; elle peut avoir été égarée ou détruite, elle n’en a pas moins toujours existé à l’origine. Les “portraits au physionotrace” gravés ne sont jamais des ouvrages initiaux.
Grand dessin unique, petite planche de cuivre unique aussi, douzaine d’estampes, telles étaient les trois fournitures que comportaient une commande ordinaire.
Conservé soigneusement à l’abri des chocs et de l’humidité, le “cuivre” – ce négatif, notamment quant à la légende qui s’y trouvait inscrite à contre-sens, pour donner au tirage une écriture normale sur l’image retournée – le “cuivre”, disions-nous, devait permettre au détenteur de cette plaque métallique d’obtenir par la suite autant de nouvelles petites estampes semblables aux douze première, qu’il en aurait désiré.
Actuellement, lorsque l’on possède une planche pour cartes de visite en gravure et que l’on veut se procurer cent ou deux cents de ces cartes d’avance à nouveau, il suffit de porter cette planche soit chez le graveur-imprimeur qui l’a fournie, soit n’importe où chez l’un de ses confrères : on est ainsi rapidement servi sans autre formalité qu’un ordre d’exécution à donner.
De même en était-il jadis pour les planches de portraits au physionotrace, dont on pouvait tirer jusqu’à 2.000 exemplaires de ceux-ci, au dire des prospectus ; c’était évidemment bien plus qu’il n’en fallait même pour de larges besoins, peu d’amateurs ayant eu, à l’exemple d’un bibliophile bourguignon (M. de la Troche), l’idée originale d’utiliser comme ex-libris le portrait gravé pour eux par Chrétien ou par Quenedey. Certains “cuivre” peu fatigués et bien entretenus procurent encore de nos jours d’excellentes épreuves. On peut en voir de telles au nombre d’une dizaine à la Bibliothèque nationale dans l’album de l’œuvre de Chrétien ; elles furent donnés par un amateur éclairé, avec les planches dont elles provenaient, parmi lesquelles se trouvait celle du médaillon de “l’inventeur du Physionotrace” ; le Musée Carnavalet possède aussi des exemplaires semblables.
Du vivant de la personne représentée, à sa demande, ou bien après sa mort, au désir de quelqu’un de ses proches, des inscriptions supplémentaires : nom de cette personne, âge auquel elle fit exécuter le portrait, fonctions qu’elle remplissait alors ou qu’elle occupa plus tard, petits vers de dédicace ou de memento, etc., pouvaient être gravés après coup sur le cuivre originaire, avec la même facilité qu’on ajoute maintenant une mention d’adresse sur une planche usagée pour cartes de visite.
Cette fourniture d’épreuves multiples et multipliables au gré du modèle ou de sa famille, d’un portrait de petites dimensions, dont les reproductions identiques servaient à consacrer et à répandre des souvenirs d’affections intimes, fut, non moins que la garantie d’exactitude, l’un des facteurs principaux du succès de la physionotracie : succès que celui de la photographie a seul dépassé, depuis que celle-ci est venue prendre dans le genre du portrait l’ancienne place de celle-là.

Une question que les possesseurs d’estampes de physionotraces se posent ou formulent assez souvent, est la suivante : ces portraits étaient-ils vraiment ressemblants ?Il faut le croire, à en juger par la faveur publique dont ils jouirent pendant longtemps. Le fait est d’ailleurs affirmé par certains contemporains ; témoin la note suivante, paru en l’an VIII dans le rarissime tome III du Dictionnaire néologique du Cousin Jacques (Beffroy de Reigny) : “CHRÉTIEN, peiuntre ou plutôt dessinateur, qui s’est fait une réputation comme Physionotrace (lisez : comme portraitiste au physionotrace) ; c’est de lui que viennent tous ces profils gravés, dont la ressemblance est frappante ; la modicité du prix leur a donné une très grande vogue”. Nous ne savons ce qu’eût dit des ouvrages de QUENEDEY le Cousin Jacques, l’édition de son Dictionnaire ayant été arrêté par la police aux premiers articles de la lettre C ; son opinion aurait sans doute été la même. Au surplus, voici, de l’époque du lancement du procédé (fin 1788), un prospectus de ce dernier artiste contenant des passages assez curieux sur le souci – un peu ombrageux – qu’il prenait d’une parfaite ressemblance de ses portraits ; d’autres développements éclaireront les explications qui précèdent ; la pièce entière complètera les documents publiés dans notre étude précédemment citée. Le prospectus en question est celui-ci :
AVIS AUX AMATEURS – Le sieur QUENEDEY en s’annonçant pour faire des portraits avec le Physionotrace de M. CHRETIEN, s’est entièrement adonné à un genre afin de la perfectionner, autant qu’il lui sera possible. Il ne peut donc blâmer des rivaux à qui il voit tenter différentes routes qui peuvent être analogues à leurs talents ; il croit même devoir les remercier : car leur empressement à se servir du mot Physionotrace, a prouvé plus qu’il n’aurait dû l’attendre, les succès de cet instrument entre ses mains. Mais ils font abus de ce mot en le donnant à toutes sortes d’instruments. Pour mettre fin aux méprises que cela pourrait causer, et leur prouver qu’on peut les soupçonner de mauvaise foi, il les invite à lire la lettre de M. Chrétien dans le Journal de Paris du 27 novembre 1788, dans laquelle il établit les propriétés de sa découverte, et où il dit qu’il a adopté le mot neuf et bizarre de Physionotrace, afin que l’on pût distinguer de tous ceux qui paraissent avoir les mêmes avantages, l’instrument qu’il a confié uniquement au Sieur Quenedey, et dans sa perfection (a). La concurrence, qui lui a donné de l’émulation, l’ayant porté à mettre plus d’effet dans ses dessins, a rendu ses opérations plus longues, plus difficiles, augmenté ses frais de gravure, et pris sur le temps qu’il employait à faire plus de portraits. Conséquemment, il se trouve obligé d’augmenter ses prix, qui seront maintenant de 12 livres pour le dessin en grand, fait d’après nature, avec le Physionotrace. Le même dessin réduit en petit et gravé sur cuivre, 12 épreuves et la planche 36 livres (b).
Afin de conserver et de mériter même davantage le suffrage du Public, il sera le premier à solliciter pour recommencer les traits qui pourraient pécher par de mauvaises attitudes, ou qui pourrait manquer à la ressemblance par la faute des personnes qui n’aurait point assez conservé d’immobilité pendant les cinq minutes qui sont nécessaires pour prendre le trait au Physionotrace, et il s’engage à faire les petits changements que l’on pourra demander après que l’on aura emporté le portrait pour le faire juger scrupuleusement, de même qu’à le reprendre et à en rendre l’argot lorsqu’il ne croira pas nécessaire d’y ajouter les changements que l’on désire.
Pour éviter aussi toute contestation à l’égard des planches gravées, dont l’exactitude est immanquable, par des moyens mécaniques et des procédés qui ne sont qu’à lui, aucune ne sera entreprise que lorsque l’on aura été parfaitement content du dessin, et il veillera à ce qu’elles soient rendues avec une précision qui ne laisse rien à désirer.
Comme il serait possible de faire tourner tant de soins et d’engagements à son désavantage, et qu’il lui est impossible de tenir un compte ouvert, il espère que les personnes honnêtes qui verront son enrichissement avec indulgence lui pardonneront d’annoncer que le dessin et les gravures ne seront plus délivrés qu’en payant, et que, dans les cas difficiles où il sentira que ses ouvrages ne peuvent nuire à sa réputation, il les exposera à la vue du Public, dont le jugement infaillible pourra aussi tourner contre lui quand il l’aura mérité. Les planches qui n’auront pas été retirées dans le courant du mois, seront exposées de même.

Le prix des billets sera toujours de 6 livres à compte sur le portrait, et l’on trouvera chez lui un Peintre en miniature qui les coloriera sur papier, ou les peindra sur vélin ou sur ivoire.
Les billets se trouvent toujours au Palais-Royal, sous la première arcade à droite en entrant par la Cour des Princes, chez M. Bevalet, Marchand Bijoutier, n°180, où on trouve aussi des cadres pour ces petits portraits.

(a) Tout ce début se rapporte à une lettre du “dessinateur-physionomiste” Gonord, qui se posait en concurrent.
(b) C’est de lui-même que Quenedey parle dans les phrases ambiguës qui précèdent et dans les alinéas qui vont suivre. Dans le membre de phrase faisant allusion à l’augmentation “de ses frais de gravure”, entendez ceux qu’il devait payer à Chrétien, car, personnellement, Quenedey ne commença à graver pour la clientèle que sept ou huit mois après l’envoi du prospectus ici rapporté.

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Ce qui m’intéresse dans une gravure

Texte d’Eugène BOUVY (Roubaix 1959 – 1944) – Bibliothécaire de la Faculté de Droit de Paris.

Au temps où je dirigeais une revue consacrée à la gravure, j’ai tenté à plusieurs reprises, sans grand succès, par des démarches tant auprès des artistes que des amateurs, d’apprendre d’eux ce qu’ils pensaient de leur art favori, comment ils avaient été amenés soit à le cultiver, soit à s’y intéresser, où allaient leurs préférences et sur quoi elles reposaient en matière de gravure.
Il ne plaît pas toujours à un collectionneur de révéler le contenu de ses portefeuilles, à un artiste d’initier le public à la cuisine de son travail. Chez l’un et chez l’autre, tout en sachant souvent fort bien ce qu’on fait et ce qu’on aime, on est parfois embarrassé pour le définir.
Le hasard d’une audition à un poste de T.S.F. m’a à la fois surpris et ravi. Un graveur connu, et non des moindres, y développait devant le micro ce sujet: “Comment je comprends la gravure.” Reproduit dans un hebdomadaire d’art, j’ai pu lire à tête reposée cette petite conférence. Je n’en partage pas précisément les idées, mais j’y trouvais, sans m’y attendre, une excellente contribution à mon enquête.
Je vais à mon tour répondre à ma propre question, et dire en peu de mots “ce qui m’intéresse dans une gravure”.

Je prends ce mot dans son sens le plus usuel et le plus large, sans m’occuper de son étymologie, y englobant tout ce qui, dans le domaine de l’image imprimée, est l’œuvre d’artiste : burin ou eau-forte, pointe sèche ou manière noire, bois ou lithographie.

Hors et avant tout, je n’éprouve aucune honte à l’avouer, ce qui m’intéresse, en gravure comme en tout art plastique, c’est le sujet. Sujet réel ou imaginaire, peu m’importe, mais sujet, c’est-à-dire matière d’une composition personnelle, pittoresque, décorative. L’absence, ou si l’on veut l’insignifiance de sujet, érigée en système et pratiquée par certains au nom d’une technique soi-disant supérieure, me laisse absolument froid. J’admire, au même titre qu’un dessin de maître, un essai plus ou moins poussé de gravure, où je retrouve, spontanée et libre, la pensée de ce Maître. Mais dans toute œuvre gravé, quel qu’il soit, les pièces maîtresses, celles qui dépassent en intérêt et dominent tous les autres, restent toujours, pour moi, comme pour la généralité du public, celles où s’affirment bien haut la composition et le sujet : Adam et Eve, le Christ guérissant les malades, Rue Transnonain, le Départ pour le travail…

Après le sujet, ce qui m’intéresse dans une composition gravée, c’est le graveur. La gravure est un art du dessin : sait-il dessiner ? S’il le sait, le veut-il ? La technique des différents procédés de gravure a ses difficultés et ses beautés particulières. Est-il maître de son procédé ? Témoigne-t-il d’une personnalité comme graveur ? Correction et médiocrité d’une part, incorrection volontaire ou voulue d’autre part, me choquent également. Que faites-vous, me dira-t-on, de la déformation caricaturale ? Je ne puis l’admettre, prenant le contre-pied de la vérité et défigurant les objets à plaisir. Mais je l’accepte fort bien d’un Daumier ou d’un Toulouse-Lautrec, parce que je retrouve, jusque dans leurs charges les plus poussées, le souci d’être vrai et un admirable talent de dessinateur. Je considère d’ailleurs comme les compositions les plus parfaites de Daumier, – et je crois que lui-même était de cet avis, – celles où il est le moins caricatural.

Troisième intérêt : la gravure est un art de multiplication. Elle ne procède pas comme les autres arts, chez qui le travail de l’artiste s’exécute directement sur une matière donnée pour en tirer une œuvre définitive et unique. La planche gravée n’est qu’un intermédiaire entre la pensée créatrice et sa réalisation sur le papier. La multiplicité des exemples est, en gravure, une question capitale. Selon son degré d’avancement, ou de conservation, une même planche donne des épreuves très différentes de qualité et d’intérêt, les premiers tirages, – épreuves d’état, épreuves avant la lettre, – étant le plus souvent, – non toujours, – les plus intéressants et les plus rares. L’élément “rareté” et les gros prix qu’il engendre, nécessaires au commerce, font toujours impression sur le public. Je sais, quand il le faut, mettre le prix sur une œuvre importante, mais je n’ai pas l’idolâtrie de la “pièce unique” pas plus que je n’ai le mépris de la pièce tirée à un grand nombre. Une belle épreuve d’une belle œuvre : voilà pour moi l’essentiel. J’ai éprouvé plus de plaisir à échanger d’une même estampe un exemplaire moyen contre une meilleur qu’à en acquérir une nouvelle.
Art du dessin et art de multiplication, la gravure est en même temps un art de reproduction. On la protégeait comme telle sous Louis XIV, on lui en fait grief aujourd’hui. On lui reproche d’avoir dévié de sa destination primitive, et abdiqué pendant deux siècles toute originalité. En fut-il ainsi que, avant la découverte des procédés photographiques, un tel emploi n’avait rien de déshonorant pour elle. Cet emploi marque-t-il une décadence ? Ce n’est pas mon avis. La gravure de reproduction n’a pas donné que des chefs-d’œuvre, soit. Mais la gravure originale non plus. Si, comme reproduction, elle a été dépassée par la photographie, elle n’en a pas moins, comme gravure, produit dans le passé assez d’œuvres remarquables pour mériter sa place au soleil. S’assimiler un dessin ou une peinture, en extraire pour la transporter sur le cuivre ou sur le bois toute la matière “gravable”, trouver pour ce travail de transposition une formule appropriée, n’est pas le fait du premier venu. La gravure de reproduction ou plus exactement d’interprétation ainsi comprise est une œuvre d’art, ayant ses mérites propres, qui se dégage librement d’une autre œuvre d’art.
Les plus grands artistes ne s’y sont pas trompés. Loin de dédaigner l’interprétation gravée, ils ont travaillé pour elle, ils ont collaboré avec elle. Si Dürer n’en avait tracé le dessin pour les graveurs de Nuremberg, nous n’aurions pas les bois de la Grande Passion et de la Vie de la Vierge. Si Rubens n’avait formé à Anvers une équipe de graveurs en vue de la diffusion de ses œuvres, nous ne connaîtrions pas les magnifiques burins, mis au point par le maître lui-même, de l’Adoration des Mages et de la Descente de Croix. Si Boucher, Fragonard, Moreau le Jeune ne les avaient composés expressément en vue de la gravure, nous n’aurions ni le Molière, ni les Contes de La Fontaine, ni le Monument du Costume. Que seraient, sans les modèles peints qui les ont précédés, l’Oxenstiern de Delff, le Wickenburgh de Suyderhoef, le Bentivoglio de Morin, le Bossuet de Drevet, et cet admirable Nathanaël Dilger d’Edelinck, dont l’original perdu n’était peut-être qu’une médiocre peinture ? Enfin, sont-ce des œuvres d’un art dégénéré que les eaux-fortes, soit pures, soit terminées au burin, des Fêtes vénitiennes, de l’Escarpolette, de la Philosophie endormie, et de vingt autres compositions aimables, interprétées par des praticiens dont certains, comme Laurent Cars et Charles-Nicolas Cochin le père, sont de très grands maîtres ?
En quoi ces graveurs interprètes ont-ils fait tort à la gravure originale ? Ils n’ont pas, que je sache, empêché Rembrandt de donner toute sa mesure; Van Eyck et Van Ostade, Callot et Bosse, Nanteuil et Corneille Visscher, Tiepolo, Canaletto, Piranesi, Goya, de produire des chefs-d’œuvre en nombre respectable; Watteau et Fragonard, les Moreau et les Saint-Aubin de griffonner et de graver à leur fantaisie. EN revanche, près de nous, à côté d’artistes de haute valeur, combien de soi-disant graveurs originaux, qui ne le sont ni d’invention ni de facture, encombrent de leur nullité les salles d’exposition et font fuir les amateurs !

La gravure comme les autres arts, se transforme de siècle en siècle, et c’est fort heureux pour elle. EN retrancher tout ce qui est bon comme gravure d’interprétation, c’est la diminuer. Lui imposer tout ce qui est mauvais, ou simplement médiocre, en fait de gravure dite originale, est-ce l’enrichir ?

Enfin, ce n’est pas seulement la pièce isolée qui m’intéresse en gravure. C’est la pièce entourée d’autres et formant avec elles un ensemble, une “collection”. Une collection, au sens élevé du mot, n’est pas, comme un stock de marchand, un assemblage plus ou moins composite d’unités acquises au hasard des circonstances et destinées à être dispersées. Une idée maîtresse, variable à l’infini selon les préférences de chacun, préférences sujettes elles-mêmes à se modifier dans le cours des années, a présidé à sa réunion. Arrivée à son dernier stade, chaque portefeuille qui la compose, chaque pièce y a sa raison d’être, sa fonction à côté des autres, déterminée par une certaine parenté d’origine, de genre, de technique. La quantité s’y trouve mesurée, non seulement par les ressources du collectionneur, mais par un double souci d’unité et de variété. Une collection bien conçue et bien ordonnée est à elle seule une œuvre d’art. A elle, bien plus qu’à la rareté et au gros prix de certains numéros, se reconnaît le véritable amateur.

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Gravure ? Estampe ?

Petit précis par Jules LIEURE

Le mot Estampe vient de l’italien stampa, qui signifie imprimé de tout genre.
Ce mot a servi, au XVIIe siècle en particulier, pour désigner “l’image obtenue par l’empreinte d’une planche gravée (spécialement en taille-douce), imprégnée d’une encre spéciale et passée dans la presse”. (Dictionnaire de Hatzfeld et Darmstater.) – On parlait alors de Collections d’Estampes, d’où est venu le nom de Cabinet des Estampes.

Le mot Gravure vient de Graver, qui lui-même est dérivé du mot allemand Graben.
Ce mot s’applique aujourd’hui à tous les procédés artistiques ou mécaniques. Mais quand on dit une Collection de Gravures, on veut parler d’œuvres véritablement artistiques. Aucun amateur n’a songé en effet jusqu’ici à former une collection de procédés photo-mécaniques.

Qu’est-ce qu’une gravure ?
Une gravure est une impression produite, généralement sur papier, à l’aide d’un objet gravé, en relief ou en creux, par un artiste.

Quels sont les principaux procédés ?
1° PROCEDES EN RELIEF.
Gravure sur bois. – On maintient à la surface de la planche de bois, le dessin qui doit être imprimé, on creuse légèrement le reste.
On utilise généralement le buis, le poirier, etc…

Gravure sur métal. – Vers la fin du XVI siècle, et au commencement du XVIe, des ciseleurs orfèvres, pour obtenir de nombreux tirages, ont ciselé des planches de cuivre en relief.

La lithographie est un dessin déposé, à l’aide d’un crayon gras ou d’une encre grasse, sur la surface d’une pierre calcaire. Le dessin terminé par l’artiste est remis à l’imprimeur, qui le fixe sur la pierre à l’aide d’une solution de gomme arabique très légèrement acidulée.
La lithographie n’est pas à proprement parler une gravure. Mais c’est le procédé le plus direct pour rendre la pensée d’un artiste, car c’est le dessin même de ce dernier que représente chaque épreuve.

2° PROCEDES EN CREUX.
Ces procédés s’utilisent dans la gravure sur métaux. Le métal le plus généralement employé est le cuivre.

Procédés avec traits ou tailles.
Burin. – Le “burin” est un tout petit ciseau à froid, qui rabote le métal et “taille” des copeaux de cuivre.

Eau-forte. – Le métal est recouvert d’un vernis. L’artiste dessine sur ce vernis avec une pointe ronde qui met à nu le cuivre. Ce dernier est ensuite soumis à la morsure d’un acide qui creuse les traits du dessin.

Pointe sèche. – Sans aucun intermédiaire et sans aucune préparation, l’artiste trace des sillons sur le cuivre nu, à l’aide d’une pointe triangulaire. C’est en somme le plus simple des procédés en creux.

Procédés avec grains.
Manière noire. – A l’aide d’un “berceau”. – instrument dont les petites pointes très rapprochées creusent des lignes de petits trous, – on exécute sur le cuivre un grain uniforme. Sur ce grain on rétablit les lumières avec le grattoir et le brunissoir.

Manière de crayon. – On promène sur le métal une roulette garnie de saillie pointues disposées généralement d’une manière irrégulière, on trace des traits plus ou moins larges qui ressemblent à ceux que produit le crayon sur un papier à grains. On arrive ainsi à imiter un dessin au crayon.

Vernis mou. – Autre procédé pour imiter un dessin au crayon. On recouvre le cuivre d’un vernis mou sur lequel on dépose une feuille de papier à grain. On dessine au crayon comme d’habitude. Le dessin terminé, on enlève avec soin la feuille de papier qui, partout où le crayon a passé, entraîne le vernis, on fait enfin creuser à l’eau-forte les parties ainsi découvertes.
Aquatinte. – Sur le cuivre à graver, on dépose de la poussière de résine, on soumet la planche ainsi préparée à une morsure d’acide, qu’on laisse très légère dans les parties claires et qu’on renforce dans les parties ombrées.
Au lieu de résine on peut utiliser le soufre, le sel, le sucre, le verre, etc…
On emploie quelquefois un mélange d’huile et de soufre qui donne l’apparence d’un léger lavis.

Principaux procédés d’impression.
Gravure en relief. – La gravure en relief s’encre à l’aide d’un rouleau qui dépose partout la même épaisseur d’encre. Elle s’imprime à la presse typographique, comme les livres.

Lithographie. – La pierre est également encrée au rouleau, une presse spéciale fait adhérer l’encre à la feuille de papier.

Gravure en creux. – L’encre est déposée sur le métal à l’aide de tampons qui l’obligent à pénétrer dans le fond des tailles. On essuie toute l’encre qui n’est pas dans ces tailles. Par la forte pression de deux cylindres en métal qui s’entraînent, – la feuille de papier, – mouillée à l’avance, – ramasse toute l’encre qui reste sur la planche de métal. C’est l’épaisseur de l’encre qui produit la puissance des noirs.

Impression sur chine. – Afin de donner plus de relief à la gravure et de concentrer l’intérêt sur le sujet représenté, – sur la feuille destinée à l’épreuve, on ajoute souvent une seconde feuille de “papier de Chine” dont la dimension est généralement réduite au format strict de la partie gravée. Cette seconde feuille reçoit l’encre d’impression et s’encolle sur la première feuille en passant sous la presse. Le papier de Chine est le plus souvent légèrement teinté : crème, ivoire, etc…

Qu’est-ce qu’une gravure en couleurs ?
Impression par repérage. – Une épreuve de gravure en couleurs passe quatre fois sous la presse pour recevoir successivement l’impression de quatre cuivres gravés qui contiennent, respectivement, les couleurs jaune, rouge, bleu et noir. Les autres tons s’obtiennent par la superposition de ces couleurs fondamentales. L’impression s’exécute par repérage : c’est la véritable gravure en couleurs.

Impression à la poupée. – On imprime aussi à l’aide d’un seul cuivre gravé. Dans ce cas, c’est l’imprimeur qui établit les tons en déposant lui-même les couleurs à l’aide de tout petits tampons qu’on appelle des poupées. C’est le tirage à la poupée.

Camaïeux. – Enfin on imprime aussi en camaïeux, généralement ton sur ton, par superposition de deux planches, – soit de même procédé, par exemple bois sur bois, – soit de procédés différents, par exemple cuivre sur bois.

Gravures coloriées. – Les estampes exécutées par n’importe quel procédé peuvent être coloriées à la main par l’apposition de couleurs à l’eau ou à la gouache.

Que peut-on faire d’une gravure ?
La gravure est une œuvre d’art à la portée de tous, L’homme le moins fortuné peut avoir un portefeuille de gravures.
Tout d’abord vous devez décorer votre maison, lui donner un air gai et agréable. Choisissez quelques estampes décoratives, il y en a dans tous les genres. Vous pourrez ensuite, soit les faire encadrer suivant la mode, soit tout simplement les monter vous-mêmes sous une feuille de verre, en passe-partout.

Etes-vous un jour ennuyé, troublé ? – Regardez votre portefeuille d’estampes, lentement, attentivement. Il vous distraira, il vous fera oublier votre ennui, votre trouble, il vous rendra l’équilibre.

Etes-vous ami de l’histoire ? – La gravure vous permettra de retrouver des souvenirs fidèles, soit du temps, soit du pays qui vous intéresse.

Etes-vous attiré par l’évolution des idées ? – La gravure vous montrera, à travers les siècles, les mœurs, les costumes, les manifestations politiques et sociales.

Etes-vous artiste ? – La vue des œuvres des artistes qui vous ont précédé vous sera une école; vous pourrez trouver dans leurs travaux, des renseignements de tout ordre que la description la plus savante ne saurait ainsi préciser.

Désirez-vous élever votre esprit ? – Regardez des estampes. Appliquez-vous à les apprécier. cherchez à comprendre ce que chaque artiste a donné de lui-même. Amusez-vous à ressentir vous-même l’émotion qu’il a subie et à trouver la part d’inspiration qu’il a reçue. Analysez sa psychologie et mesurez son talent.

Et lorsque vous aurez un portefeuille de gravures, montrez-le à vos parents, à vos amis, et apprenez-leur, à votre tour, à devenir amoureux de la beauté.
Dites-leur bien que la gravure ne doit pas être considérée comme une œuvre matérielle.

“L’art est un appel de l’infini.” – “La Beauté est source de Vie; elle est, avec l’Amour, avec la Vérité, la Vie même.”

Où achetez une gravure ?
Chez le marchand spécialiste, qui vous donnera tous les renseignements techniques et autres.

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Costumes de Théâtre de 1600 à 1820

Recueil comprenant 104 lithographies originales.
Dédiés à Monsieur Le Baron DE LAFERTÉ, Intendant des Théâtres Royaux
Dessinés et lithographiés par Hippolyte LECOMTE
Imprimerie lithographique Delpech
Paru entre 1820 et 1825

Vous pouvez télécharger les images au format PND et en résolution 600 x 600 dpi en cliquant ici.

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Costumes de bal par Victor Sorel

Bals Musard
1ère série – planches numérotées 1 à 20
Publié par Hautecœur Martinet, rue du Coq, N°15, à Paris
Lith. Castille, rue du Boulot, 19

Bals Musard et Dufrêne
2e série – planches numérotées 21 à 40
Publié par Hautecœur Martinet, rue du Coq, N°15, à Paris
Lith. Castille, rue du Boulot, 19

Costumes exécutés par :
– M. MOUCHEL, Passage des Panoramas, N°9 pour le numéro 21,
– Me UZEL, rue des Colonnes, N°8 pour les numéros 22 & 23,
– Me HUZEL, rue des Colonnes, N°8 pour les numéros 24 & 25.

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Botanique & revue horticole

Cet article regroupe un grand nombre de dessins originaux qui ont servi, une fois gravés, à illustrer différentes revue de botanique dont principalement la “Revue Horticole”.
“La Revue Horticole est une publication de référence pour le domaine de la botanique et du jardinage. Publiée dès le premier quart du 19e siècle, elle est une mine d’articles de référence écrits par les plus grandes personnalités de la sphère horticole” (source Hortalia – SNHF)
A lire aussi, cet intéressant article (ici) sur les revues d’horticulture du XIXe siècle par “Jardins de France”

Classement des artistes par ordre alphabétique
– Annica BRICOGNE,
– Louisa DESCAMPS-SABOURET (page 2),
– Jules EUDES (page 3),
– Adrienne FAGUET (page 4),
– Walter Hood FITCH (page 5),
– Édouard GODARD (page 6),
– Alphonse GOOSSENS (page 7),
– J.-R. GUILLOT (page 8),
– Ad LEFÈVRE (page 9),
– Édouard MAUBERT (page 10),
– Adolphe MILLOT (page 11),
– Alfred RIOCREUX (page 12),
– Annette RODET (page 13),
– F. YERNA (page 14),
– divers auteurs non identifiés (page 15).

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Eaux-Fortes gravées par Antoine Van DYCK

Issues du recueil des 21 planches gravées par Antoine Van Dyck
reproduites par Amand-Durand & Textes par Georges Duplessis

Le Christ au roseau
1er état sur 5
https://www.estampes-mas.fr/wp-content/uploads/2020/02/Van-Dyck-Antoine_01-Le-Christ-au-roseau.png

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